"Dans la confusion de notre époque,quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie,
il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères..."
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

lundi 19 janvier 2015

Vie de saint Théophane le Reclus





Saint Théophane le Reclus (Fêté le 6/19 janvier )


Saint Théophane le Reclus est né le 10 Janvier 1815, au cœur de la Russie. Son père était prêtre et, par conséquent, dès les premières impressions de sa jeunesse, il vécut avec l'Église. Les conditions difficiles et même sévères du Séminaire d'Orel, où il étudia, développèrent en lui un fort tempérament mental. 

Il poursuivit ses études à l'Académie théologique de Kiev. On peut supposer que pendant ce temps le jeune étudiant se rendit souvent au monastère de Grottes de Kiev célèbre, à juste titre, où aurait pu être formé en lui la résolution de quitter le monde. Avant même la fin du cours du séminaire, il fut tonsuré moine. A cette occasion, il se rendit au monastère auprès du célèbre staretz, le hiéromoine Parthène, qui lui dit: "Rappelle-toi qu'une chose est plus nécessaire que tout,  prier et prier Dieu sans cesse en esprit et dans le cœur". Ce conseil fit une impression durable sur le moine récemment tonsuré et il passa le reste de sa vie à s'efforcer d'atteindre cette "seule chose nécessaire" (Titre d'un de ses ouvrages sur la prière).

Après avoir terminé le cours avec une maîtrise, le hiéromoine Théophane a été nommé recteur temporaire l'école théologique de Kiev-Sophia. Dans les années qui suivirent, il occupa divers postes administratifs et d'enseignement dans  différents séminaires et académies, mais ces travaux d'érudition ne lui suffisaient pas et il demanda à être relevé de ses fonctions universitaires.

En 1859, il fut consacré évêque de Tambov, où il établit une école diocésaine pour filles. Pendant son séjour à Tambov, saint Théophane en vint à aimer l'ermitage isolé de Vysha. Durant l'été 1863, il fut transféré à Vladimir, où il servit pendant trois ans. Là aussi, il ouvrit une école diocésaine pour filles. Il servit souvent à l'église, voyagea beaucoup  à travers le diocèse, prêcha sans cesse, restaura des églises, et vécut de tout cœur avec son troupeau, en partageant avec eux joie et peines.

En 1866, l'évêque Théophane demandé à être relevé comme évêque de Vladimir et fut nommé à la tête de l'ermitage de Vysha, et bientôt, à sa nouvelle requête, il fut libéré, même de ce devoir. C'était difficile pour l'évêque Théophane au milieu du monde et de ces exigences auxquelles on doit céder le pas à cause de la corruption de l'homme. C'est une des raisons qui l'incita à quitter son diocèse et à se retirer dans la solitude. En outre, sa bonté de cœur illimitée, sa douceur, de colombe, sa confiance dans les gens et son indulgence pour  eux, tout cela indique que ce n'était pas idéal pour lui de vivre au milieu des querelles inconciliables de la vaine vie mondaine. 

C'était très difficile pour lui d'être un chef, en particulier dans un poste aussi important que celui de l'évêque. Sa confiance pourrait être abusé, il ne pourrait jamais donner les réprimandes nécessaires. En outre, il sentit l'appel à consacrer toutes ses énergies à l'écriture spirituelle. Quant à lui personnellement, il voulait abandonner toutes ses pensées à Dieu seul, Qu'Il aimait absolument. Il voulait que rien ne puisse troubler la communion avec Dieu qui lui était si chère, et il quitta le monde pour être seul avec Dieu.

Dans la réclusion, invisible aux gens, il devint un personnage public d'une ampleur considérable. Il ne recherchait que le Royaume de Dieu, et sa grande signification pour le monde lui fut ajoutée. Les six premières années, l'évêque alla à tous les offices et à la Liturgie matinale. Dans l'église, il se tenait, sans bouger, sans se pencher, les yeux fermés pour cesser d'être distrait, et les jours de fête, il avait l'habitude d'officier.

À partir de 1872, cependant, il cessa toute relation avec les gens, sauf avec l'archiprêtre et son confesseur. Il n'alla plus à l'église du monastère, mais construisit de ses propres mains dans ses appartements une petite église dédiée au Baptême du Seigneur. Pendant les dix premières années, il servit la Liturgie dans cette église chaque dimanche et jour de fête, et pendant les onze années suivantes tous les jours. Il était complètement seul, parfois en silence, mais parfois il chantait.

Il semblait ne plus être un homme, mais un ange avec une douceur et une gentillesse enfantines. Quand les gens venaient à lui pour affaires, il disait ce qui était nécessaire et il retournait à la prière. Il mangeait juste assez pour ne pas ruiner sa santé. Tout ce qu'il recevait, il l'envoyait par la poste aux pauvres,  gardant tout juste assez pour acheter des livres nécessaires. De ses publications, qui étaient rapidement distribuées, il ne recevait rien, en espérant seulement qu'elles pourraient être vendues aussi bon marché que possible

Dans les rares moments où il était libre de la prière, des lecture ou de l'écriture, il s'occupait avec du travail manuel. Il peignait des icônes excellentes et était doué pour la sculpture sur bois et la serrurerie. Chaque jour, l'évêque Théophane recevait entre 20 et 40 lettres, et il répondait à toutes. Avec une sensibilité extraordinaire, il pénétrait la situation spirituelle de son correspondant et chaudement, clairement et en détail répondait à cette confession d'une âme en détresse. En plus de cette énorme flux de correspondance, ses années de réclusion produisirent également une multitude de livres. Il s'agit notamment de travaux sur la théologie morale, comme "la voie du salut", "La vie spirituelle et comment s'y accorder", des commentaires sur l'Écriture Sainte, et des traductions, parmi lesquelles se trouve le classique spirituel "Le combat invisible ".

La vie de l'évêque Théophane passa invisible pour le monde, et la mort fut aussi dans la solitude. A partir d premier Janvier 1891, il y eut plusieurs irrégularités dans son programme. L'après-midi du 6 Janvier, son syncelle remarqua que l'évêque était faible et regardant dans sa chambre, il trouva l'évêque couché sur le lit sans vie. Son bras gauche était appuyée sur sa poitrine et son bras droit était replié, comme pour une bénédiction épiscopale. Il était mort le jour même de sa fête la plus aimée, à laquelle sa chapelle avait été consacrée. Le corps du saint resta dans la petite église de sa cellule pendant trois jours, et pendant trois jours il fut dans la cathédrale et il n'y eut pas de corruption. Quand il fut revêtu de ses habits d'évêque, le visage du mort fut éclairé par un sourire joyeux.

Tout était extrêmement simple dans la cellule de l'évêque Théophane. Les murs étaient nus, les meubles anciens. Il y avait une malle avec des instruments pour travailler au tour, pour la menuiserie, la reliure, le matériel photographique, un banc de sciage, un banc de menuisier, et de nombreux livres écrits en russe, slavon, grec, français, allemand et anglais. Parmi eux se trouvaient: une collection complète des saints Pères; une encyclopédie théologique en français en 150 volumes, les œuvres des philosophes Hegel, Fichte, Jacobi, et d'autres, les œuvres sur l'histoire naturelle par Humboldt, Darwin, Fichte, et d'autres. On se souvient de ses paroles, "Il est bon de comprendre la structure des plantes, des animaux, en particulier de l'homme, et les lois de la vie; en eux se révèle la sagesse de Dieu, qui est excellente en tout".

Le grand hiérarque  nous est caché par le corps, mais son esprit vit toujours dans les ouvrages imprimés divinement sages qu'il nous a laissés. L'archevêque de Vilna Nicandre décrivit l'évêque Théophane en tant que professeur chrétien universel, même s'il ne parlait pas; un personnage public, bien que reclus, un prédicateur de l'Eglise qui fut entendu partout, même si, dans ses dernières années il n'était apparu dans aucun siège de l'Église. Brillant Luminaire de l'enseignement du Christ pour les orthodoxes, même si lui-même se cacha au regard du peuple; possédant à peine en suffisance des biens terrestres, mais enrichissant tout le monde de toutes les richesses spirituelles de son enseignement. Il n'a recherché, aucune gloire terrestre temporelle, pourtant il est glorifié maintenant par tous ceux qui ont été inspirés par ses écrits à suivre cet ermite saint sur le chemin du salut, un chemin qui mène à la prière constante et au fait d'être seul dans son cœur avec Dieu.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
 Orthodox  Word 
Juillet-Août 1966
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California,
USA

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